Émergence de Dermatophilus congolensis – En savoir plus

Émergence de Dermatophilus congolensis – En savoir plus

Le 6 juillet, la Direction générale de la santé DGS lance un évènement sanitaire d’importance via un message d’information de santé publique MISP en lien avec une émergence de cas d’infections humaines à Dermatophilus congolensis.

 

Dermatophilus congolensis, c’est quoi ?

Jusqu'à présent considérée comme une bactérie essentiellement vétérinaire, responsable de dermatophilose chez les animaux d'élevage, cette bactérie fait désormais l'objet d'une surveillance renforcée après l'identification de plusieurs dizaines de cas chez l'Homme en France et dans plusieurs pays européens.

Dermatophilus congolensis est une bactérie Gram positif connue depuis longtemps des vétérinaires. Elle provoque chez les bovins, chevaux, ovins ou caprins une dermatite exsudative caractérisée par des croûtes épaisses, favorisée par l'humidité et les microtraumatismes cutanés.

Chez l'Homme, les infections étaient jusqu'à présent exceptionnelles et survenaient principalement après un contact professionnel avec des animaux infectés. Les formes humaines décrites étaient généralement localisées et bénignes.

Depuis fin 2025, la situation évolue avec l'apparition de plusieurs foyers européens présentant un profil épidémiologique inédit.

Quelques chiffres

En Europe, au total, 70 cas confirmés ont été recensés entre décembre 2025 et juin 2026 :

  • France : 40 cas
  • Espagne : 22 cas
  • Allemagne : 5 cas
  • Suède : 2 cas
  • Pays-Bas : 1 cas

En France :

  • 40 cas confirmés au 1er juin 2026
  • Cas identifiés dans 8 villes françaises.
  • La majorité des cas concernent des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH).
  • Aucun décès ni forme grave n'ont été rapportés à ce stade.

Les investigations sont toujours en cours.

 

Une transmission probablement sexuelle

Les investigations conduites en France, en Espagne et en Allemagne montrent que les cas concernent principalement des HSH.

La première publication française (Hospices Civils de Lyon) décrivait : 9 patients diagnostiqués entre décembre 2025 et février 2026, âgés de 22 à 63 ans (âge médian : 50 ans), tous HSH présentant ces caractéristiques :

  • Des rapports sexuels récents avec plusieurs partenaires
  • Une fréquentation de saunas ou de lieux de rencontres sexuelles
  • L’absence de contact avec des animaux.

Ce qui a conduit à évoquer une transmission sexuelle probable.

Les analyses génomiques montrent une très forte proximité entre les souches bactériennes isolées, renforçant l'hypothèse d'une transmission interhumaine récente, probablement lors de contacts cutanés étroits au cours de rapports sexuels.

  • À ce stade, les autorités sanitaires parlent de transmission « suspectée » plutôt que formellement démontrée.

 

Les signes cliniques

  • L'incubation semble courte, de quelques jours à 2 semaines.
  • Les lésions observées sont principalement : papules inflammatoires, pustules, ulcérations superficielles, croûtes adhérentes parfois épaisses.
  • Les localisations concernent surtout : les organes génitaux, les plis inguinaux, les cuisses, la barbe, plus rarement le tronc ou les membres.
  • Les lésions peuvent être douloureuses mais restent généralement limitées à la peau. Les symptômes généraux sont rares.

 

Le diagnostic

Le diagnostic différentiel comprend notamment : Mpox, syphilis, herpès génital, impétigo, folliculites bactériennes.

Le diagnostic repose sur le prélèvement microbiologique des lésions avant toute antibiothérapie.

Un traitement efficace

Les données disponibles sont rassurantes. Les cas décrits répondent favorablement à une antibiothérapie adaptée, notamment par amoxicilline, avec une guérison complète sans complication rapportée.

Le traitement doit toutefois être précédé, autant que possible, d'un prélèvement bactériologique permettant d'identifier précisément l'agent responsable et de participer à la surveillance nationale.

Pourquoi cette alerte ?

Le nombre de cas demeure limité mais plusieurs éléments justifient la vigilance des autorités :

  • Une bactérie historiquement animale impliquée dans une transmission humaine inhabituelle
  • Des cas regroupés dans plusieurs pays européens mais 40 cas à l'échelle nationale restent un nombre extrêmement faible.
  • Il ne s'agit pas d'une épidémie dans la population générale
  • Une possible transmission sexuelle
  • Une connaissance encore incomplète du mode de diffusion.

L'objectif de l'alerte est donc avant tout d'améliorer le repérage des cas et de documenter cette émergence afin d'adapter rapidement les recommandations si nécessaire.

Le rôle du pharmacien d'officine

Comme lors de l'émergence du Mpox, l'officine constitue souvent le premier point de contact du patient. Le pharmacien peut jouer un rôle essentiel à plusieurs niveaux :

  • Repérer les situations évocatrices
  • Ce qui doit attirer l’attention :

    • Une lésion cutanée génitale récente
    • Des croûtes inhabituelles ou persistantes
    • Une demande spontanée de crème antibiotique ou antiseptique
    • Un patient rapportant une exposition sexuelle récente avec apparition de lésions.
  • Orienter rapidement
  • Le pharmacien doit encourager une consultation médicale rapide afin de permettre :

    • Un examen clinique
    • Un prélèvement microbiologique avant traitement
    • L’élimination d'autres infections sexuellement transmissibles ou du Mpox.

    Le pharmacien doit

    • Informer sans stigmatiser : l'information délivrée doit rester factuelle et bienveillante. Il est important de rappeler que : cette infection reste rare, qu’elle se traite efficacement. Toute personne présentant une lésion inhabituelle mérite un avis médical, indépendamment de son orientation sexuelle. Une communication non stigmatisante favorise le recours aux soins et participe à l'efficacité de la surveillance sanitaire. 
    • Participer à la prévention : l'officine peut également rappeler les messages classiques de prévention : surveillance de toute lésion cutanée persistante, consultation rapide en cas d'apparition d'ulcérations ou de croûtes inhabituelles, réduction des contacts sexuels jusqu'au diagnostic lorsqu'une infection est suspectée, information des partenaires si une infection est confirmée selon les recommandations médicales.

    Même si le risque pour la population générale demeure très faible, l'émergence de cas humains de Dermatophilus congolensis illustre l'importance d'une vigilance clinique face à des présentations inhabituelles.

    Le pharmacien d'officine, par sa proximité avec les patients, contribue pleinement au repérage précoce, à l'orientation vers le diagnostic et à la diffusion d'une information fiable, participant ainsi au dispositif national de surveillance des maladies émergentes. 

    Pour en savoir plus :
    MISP n°2026_07 - 2026 Evènement sanitaire d’importance – Emergence de cas à dermatophilus congolensis https://sante.gouv.fr/IMG/pdf/misp_no2026-07_dermatophilus_congolensis.pdf
    Centre européen de prévention et de contrôle des maladies ECDC 17/06/2026 Clusters of dermatophilosis in five EU/EEA countries in 2025–2026 https://www.ecdc.europa.eu/en/publications-data/clusters-dermatophilosis-five-eueea-countries-2025-2026?utm_source=chatgpt.com
    CDC 06/06/2026 - Suspected Sexual Transmission of Dermatophilosis among Men Who Have Sex with Men, Lyon and Paris, France, 2025–2026 https://wwwnc.cdc.gov/eid/article/32/6/26-0401_article?utm_source=chatgpt.com
    VIH.org 18/06/20026 - Dermatophilose : une IST émergente chez les HSH https://vih.org/vih-et-sante-sexuelle/20260618/dermatophilose-une-ist-emergente-chez-les-hsh/