La GL2 (consultation longue pour patient hyperpolymédiqué) et l’officine

La GL2 (consultation longue pour patient hyperpolymédiqué) et l’officine

  • Quels enjeux et quel rôle pour le pharmacien d’officine ?
  • À compter du 1er janvier 2026, la Convention médicale 2024 introduit une nouvelle consultation longue du médecin traitant destinée aux patients âgés de plus de 80 ans. Parmi les 3 consultations créées (GL1, GL2, GL3), la GL2 concerne plus particulièrement les patients dits hyperpolymédiqués, définis comme ayant au moins 10 lignes de traitements médicamenteux

    Cette évolution conventionnelle structure davantage la prise en charge médicamenteuse des patients âgés et confère au bilan de médication partagé réalisé à l’officine un rôle central dans le parcours de soins.

  • Rappels du cadre réglementaire
  • La GL2 est une consultation :

    • Longue
    • Facturable une fois par an et par patient par le médecin traitant au tarif de 60€.
      Destinée aux patients âgés de plus de 80 ans hyperpolymédiqués ayant au moins 10 lignes de traitements médicamenteux
    • Se basant obligatoirement sur un bilan de médication partagé réalisé par le pharmacien, à la demande du médecin traitant (prescription).
  • Le prérequis : le bilan de médication réalisé par le pharmacien d’officine
  • Dans le cadre de la GL2, le bilan partagé de médication en officine constitue un socle d’analyse préalable, sur lequel le médecin s’appuie pour sa consultation longue.

    Pour rappel, ce bilan permet notamment :

    • Une revue complète des traitements en cours
    • L’identification des situations à risque (redondances, interactions, posologies inadaptées, observance fragile)
    • La collecte d’informations issues du patient et de son entourage sur l’usage réel des médicaments.

    Il ne se substitue ni à l’expertise médicale, ni à la décision thérapeutique, mais contribue à objectiver la situation médicamenteuse du patient âgé.

  • La GL2 : une consultation médicale de réévaluation globale
  • Lors de la consultation GL2, le médecin traitant procède à une réévaluation de la prescription dans une approche globale, intégrant :

    • L’âge du patient et ses comorbidités
    • L’efficacité et la tolérance des traitements
    • Les priorités thérapeutiques au regard de la qualité de vie et de l’autonomie
    • Les éléments issus du bilan de médication transmis par le pharmacien.

    La consultation reste pleinement médicale dans sa finalité et sa responsabilité, le médecin demeurant décisionnaire des adaptations éventuelles du traitement.

  • Une logique de parcours et de coopération interprofessionnelle
  • La GL2 s’inscrit dans une logique de parcours de soins coordonné, cohérente avec les orientations portées par les pouvoirs publics en matière de prise en charge des patients âgés polymédiqués.

    Elle rejoint les objectifs déjà promus par des instances officielles telles que la Haute Autorité de Santé (HAS) et l’Assurance Maladie, qui encouragent :

    • La réévaluation régulière des traitements chez la personne âgée
    • La prévention de la iatrogénie médicamenteuse
    • La coopération entre professionnels de santé de proximité.
  • Quelle place pour le pharmacien d’officine ?
  • Pour le pharmacien, la GL2 ne crée pas un nouvel acte officinal, mais renforce la portée clinique et collaborative du bilan de médication existant.

    Elle implique :

    • Une coordination accrue avec le médecin traitant, notamment sur le contenu et la restitution du bilan
    • Une vigilance particulière sur la qualité des informations recueillies (traitements réellement pris, automédication, dispositifs médicaux, compléments…)
    • Un rôle clé dans l’accompagnement du patient, avant, pendant et après la consultation médicale :

    Avant la consultation médicale

    • Le pharmacien peut être sollicité par le médecin traitant pour réaliser un bilan de médication chez un patient de plus de 80 ans prenant au moins 10 lignes de traitements.
    • Ce bilan repose sur une analyse structurée et exhaustive des traitements prescrits et réellement pris (ordonnances, automédication, dispositifs médicaux, compléments alimentaires).
    • L’échange avec le patient (et, si nécessaire, son entourage) prend une importance particulière pour objectiver les usages, repérer les difficultés d’observance et les situations à risque.

    Pendant la coordination avec le médecin

    • Le bilan de médication est transmis au médecin traitant afin de permettre la préparation de la GL2.
    • Il s’inscrit dans une logique de coopération interprofessionnelle, le pharmacien apportant une expertise sur le médicament, sans intervenir sur la décision thérapeutique finale.
    • La qualité, la clarté et la pertinence des informations transmises deviennent essentielles pour faciliter la réévaluation globale de la prescription par le médecin.

    Après la consultation GL2

    • Le pharmacien accompagne la mise en œuvre pratique des éventuelles adaptations thérapeutiques décidées par le médecin.
    • Il joue un rôle clé dans la sécurisation du traitement, l’explication des changements au patient et la prévention des erreurs médicamenteuses.
    • Un suivi renforcé peut être nécessaire pour vérifier la bonne compréhension et l’adhésion du patient aux traitements réévalués.

    Dans cette dynamique, le pharmacien contribue à sécuriser le circuit du médicament : le dispositif repose sur une complémentarité des compétences avec celles des médecins traitants, sans redéfinition des champs de responsabilité. Le pharmacien ne se positionne pas comme prescripteur ni comme décideur des ajustements thérapeutiques mais dispose d’un rôle d’analyse, de transmission d’informations, d’explication des changements au patient et de prévention des erreurs médicamenteuses.

    Sans créer de nouvel acte officinal, la GL2 valorise indirectement le bilan de médication comme élément structurant du parcours de soin de la personne âgée en renforçant sa portée clinique. Elle suppose une organisation officinale adaptée, favorisant le temps d’échange, la traçabilité et la coordination avec les médecins traitants. 

  • Focus sur le bilan partagé de médication (BPM) en EHPAD : une intervention possible du pharmacien d’officine
  • La convention pharmaceutique 2022
    Le cadre conventionnel prévoit la possibilité pour le pharmacien d’officine de mettre en œuvre le BPM chez les résidents d’EHPAD, dans un cadre adapté aux spécificités de l’établissement et de la population concernée.

    • Le BPM, tel que défini par la convention pharmaceutique, n’exclut pas les patients résidant en EHPAD.

    Les personnes en EHPAD concernées par cette dérogation :

    • Les résidents âgés de 65 ans et plus souffrant d’une ou plusieurs pathologies chroniques et ayant au moins 5 molécules ou principes actifs prescrits pour une durée supérieure ou égale à 6 mois
    • Ou les résidents présentant une polymédication, lorsque les conditions de recueil d’informations et de coordination sont réunies.

    La réalisation du BPM en EHPAD repose sur une démarche partagée, intégrant les professionnels de santé impliqués dans la prise en charge du résident.

    Des modalités de réalisation adaptées au contexte de l’EHPAD

    • Contrairement au BPM réalisé à l’officine, le BPM en EHPAD nécessite des adaptations organisationnelles, notamment :
    • Un recueil indirect des informations, souvent effectué auprès de l’équipe soignante (infirmier, médecin coordonnateur…), en complément du dossier médical et du circuit du médicament de l’établissement.
    • Une prise en compte des modalités de dispensation spécifiques (PMA, protocoles internes, prescriptions hospitalières…)
    • Une attention particulière portée à l’évaluation globale du traitement, au regard de l’état clinique, de la dépendance et des objectifs de soins du résident.
    • L’entretien direct avec le résident n’est pas toujours possible, mais il peut être réalisé lorsque son état cognitif et fonctionnel le permet. 

    Un travail en lien étroit avec les médecins
    Le BPM en EHPAD s’inscrit dans une logique de coordination avec le médecin traitant et/ou le médecin coordonnateur. Le pharmacien d’officine apporte une analyse pharmaceutique structurée visant à :

    • Identifier les points de vigilance liés aux traitements
    • Contribuer à la réévaluation régulière des prescriptions, dans un contexte de forte vulnérabilité médicamenteuse
    • Sécuriser le circuit du médicament au sein de l’établissement.

    Comme à l’officine, la décision thérapeutique demeure médicale, le BPM constituant un outil d’aide à la réflexion clinique, au service du parcours du résident.

    Un levier de continuité entre ville et médico-social

    La possibilité pour le pharmacien d’officine de réaliser des BPM en EHPAD participe à une meilleure continuité du parcours de soins, en particulier lors des entrées en institution, des retours d’hospitalisation ou des évolutions significatives de l’état de santé. Elle s’inscrit dans les objectifs partagés de sécurisation de la prise en charge médicamenteuse des personnes âgées, portés par les autorités de santé.

    Quand proposer un bilan partagé de médication (BPM) en EHPAD ?

    Le BPM en EHPAD peut être proposé par le pharmacien d’officine chaque fois qu’une situation à risque médicamenteux ou une étape clé du parcours du résident le justifie. Il s’inscrit dans une démarche d’anticipation et de sécurisation.

    Un BPM peut être envisagé notamment :

    • À l’entrée en EHPAD : arrivée depuis le domicile ou après une hospitalisation, prescriptions multiples ou récemment modifiées, risque de rupture de traitement ou de doublons.
    • Après une hospitalisation: retour avec des ordonnances complexes ou évolutives, coexistence de prescriptions hospitalières et de traitements antérieurs, besoin de cohérence avec le projet de soins de l’établissement.
    • En cas de polymédication importante: traitements nombreux (plus de 8–10 lignes), prescriptions anciennes peu réévaluées, coexistence de traitements à visée curative et palliative.
    • Lors de signaux d’alerte: chutes répétées, troubles cognitifs ou de la vigilance, effets indésirables suspectés, difficultés d’administration ou d’adhésion au traitement.
    • À l’occasion d’une réévaluation médicale: consultation longue du médecin traitant (GL2), revue de traitement à l’initiative du médecin coordonnateur, évolution du niveau de dépendance ou des objectifs de soins. 

    Pour en savoir plus :
    Convention médicale 2024 – Article 78.1 https://www.ameli.fr/sites/default/files/Documents/Convention%20m%C3%A9dicale%202024-2029%20-%20version%20int%C3%A9grale.pdf
    NGAP – Article 15.2 (Décision UNCAM du 24/10/2024, applicable au 1er janvier 2026) - Décision du 29 octobre 2024 de l'Union nationale des caisses d'assurance maladie relative à la liste des actes et prestations pris en charge par l'assurance maladie https://www.ameli.fr/sites/default/files/Documents/NGAP-01012026.pdf  
    Ameli 02/12/2025 - La valorisation de l’activité clinique du médecin généraliste https://www.ameli.fr/meurthe-et-moselle/medecin/textes-reference/convention-medicale-2024-2029/grands-axes-convention-detail/mesures-attractivite-exercice-liberal/revalorisation-consultations-actes/valorisation-activite-clinique-medecin-generaliste
    Ameli 26/02/2025 - Le bilan partagé de médication : l’accompagnement pharmaceutique des patients âgés polymédiqués https://www.ameli.fr/meurthe-et-moselle/pharmacien/sante-prevention/accompagnements/accompagnement-pharmaceutique-patients-chroniques/bilan-partage-medication
    Haute Autorité de Santé (HAS) – travaux sur la prise en charge médicamenteuse du sujet âgé https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2014-10/fpcs_prescription_web.pdf
    JO - Arrêté du 31 mars 2022 portant approbation de la Convention nationale organisant les rapports entres les pharmaciens titulaires d'officine et l'assurance maladie https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000045538155